Il fut un temps où être adulte signifiait vraiment quelque chose. On travaillait. On buvait. On se battait. On élevait des enfants qui, ô horreur, survivaient parfois jusqu'à l'âge adulte sans avoir été enveloppés dans du papier bulle. Aujourd'hui, ce sont les adultes qui se comportent comme des enfants.
On était capable d'encaisser des vérités brutales, des plaisanteries offensantes et le fait que la vie n'est pas juste. Revenons à aujourd'hui : on dirait que la société a remis tout le monde en couches, distribué des tétines et déclaré que nous étions tous « exceptionnels ». Petit rappel : ce n'est pas votre cas.
Nous vivons l'âge d'or de l'infantilisation. Tout le monde est désormais un enfant. Pire encore, les gens aiment ça. Des adultes — des êtres humains pleinement développés et prétendument fonctionnels — veulent à tout prix être protégés des paroles méchantes, des idées effrayantes et de la perspective terrifiante de devoir assumer la responsabilité de leur propre vie. C'est pathétique.
L'ère des espaces protégés et des parcs à bébé

Commençons par l'évidence : les espaces protégés. Si vous avez l'âge de boire, de conduire, de voter et de signer un crédit immobilier, vous n'avez pas besoin d'un putain d'espace protégé. Vous avez besoin d'une colonne vertébrale.
L'idée qu'un adulte ne puisse pas entendre une opinion contraire sans courir se mettre à l'abri est ridicule. Les universités, prétendus temples du savoir et du débat, ressemblent désormais davantage à des garderies. Des avertissements sur les contenus sensibles précèdent les cours de littérature, des chiens de thérapie arrivent pendant la semaine des examens et des professeurs sont chassés pour avoir osé avancer une idée qui a pulvérisé l'ego fragile de leurs étudiants.
Et ensuite ? La sieste et les briques de jus de fruits ?
Le culte de l'adolescence éternelle

Le phénomène ne se limite pas aux universités. Partout, des adultes s'accrochent désespérément à l'adolescence comme un homme en train de se noyer agrippe un canard en plastique. Les milléniaux et la génération Z ne sont pas simplement « jeunes dans leur tête » : ce sont des Peter Pan d'âge mûr qui brandissent encore fièrement la bannière de leur maison de Poudlard, collectionnent les cartes Pokémon et se proclament « adultes Disney » sans la moindre ironie.
Ne vous méprenez pas : les loisirs ne sont pas le problème. Le problème, c'est qu'ils ont remplacé la vie adulte. Certains consacrent davantage d'énergie à faire la queue pour acheter des jouets Star Wars hors de prix qu'à affronter l'horreur qui consiste à comprendre le fonctionnement d'un crédit immobilier. La société n'élève plus des hommes et des femmes : elle produit des enfants professionnels qui veulent jouer sans aucune responsabilité jusqu'à leur mort.
Les entreprises vous préfèrent impuissants

Devinez qui profite des gens qui se comportent comme des enfants ? Les entreprises. Une population d'enfants constitue la clientèle idéale. Les enfants ne remettent rien en question, ne se rebellent pas et n'exigent aucun compte : ils achètent.
Les adultes sont censés réfléchir sérieusement à la destination de leur argent. Les adultes infantilisés ? Ils engloutiront volontiers la moitié de leur salaire dans une nouvelle box mensuelle remplie de babioles consacrées au « bien-être » et d'en-cas colorés.
Regardez la publicité actuelle : elle ne s'adresse ni à la maturité, ni à la sagesse, ni à l'expérience. Elle vise les mêmes décharges de dopamine que les enfants tirent des bonbons et des jouets brillants. Couleurs vives, mascottes de dessins animés et slogans rédigés pour un enfant de dix ans.
Les entreprises technologiques appellent littéralement leurs lieux de travail des « campus » et offrent des céréales à leurs salariés comme s'ils étaient à la maternelle. Ce ne sont pas des avantages. Ce sont des chaînes. Les employés infantilisés sont plus faciles à contrôler.
Le gouvernement veut que vous obéissiez

Les gouvernements, eux aussi, adorent une population infantile. Les enfants sont obéissants. Ils suivent les règles. Ils croient en l'autorité sans poser de questions. Cela vous rappelle quelque chose ?
Couvre-feux, codes QR pour aller acheter du pain : les gens se sont courbés et ont obéi comme des bambins faisant la queue pour leur lait. Quand on traite les adultes comme des enfants, la majorité se comporte comme des enfants. Seule une poignée se rebelle, et ces personnes sont qualifiées de dangereux fauteurs de troubles.
Le citoyen infantilisé est idéal pour la gouvernance moderne. Il ne veut pas de liberté ; il veut de la sécurité. Il ne veut pas de responsabilités ; il veut que quelqu'un d'autre décide à sa place. Les responsables politiques n'ont même plus besoin de diriger : il leur suffit de jouer les parents. « Ne vous inquiétez pas, les petits, papa gouvernement va vous protéger du grand méchant monde. »
Et comme des enfants, les gens en redemandent.
La mort de la résilience

Voici la conséquence la plus sordide : les adultes d'aujourd'hui sont fragiles comme du verre. La simple idée d'une épreuve suffit à les faire sombrer.
Vous n'arrivez pas à payer votre loyer ? Ce doit être la faute du système. On vous a largué ? Il est temps de vous déclarer « traumatisé » et d'en faire des vidéos sur TikTok. Vous découvrez avec stupeur qu'il faut travailler huit heures par jour pour toucher votre salaire ? Putain, faites absolument une vidéo larmoyante à ce sujet.
La résilience — cette qualité rude et indispensable qui permet de traverser la vie sans se dissoudre en flaque chaque fois qu'il pleut — a disparu. La société a convaincu les gens que la souffrance ne faisait pas partie de la vie, mais constituait une injustice.
L'ironie ? Les générations précédentes ont réellement souffert. Guerres. Famines. Récessions. Maladies. Elles n'avaient ni applications de bien-être ni retraites de pleine conscience ; elles avaient de la trempe. À partir de 1940, la Grande-Bretagne a subi les bombardements nocturnes de la Luftwaffe allemande, puis les attaques des missiles V1 et V2. Mais les Britanniques ont-ils abandonné ? Putain que non.
Aujourd'hui, les gens s'effondrent si leur commande de latte n'est pas la bonne. Si nos ancêtres pouvaient nous voir, ils cracheraient dans nos lattes au soja et nous diraient de grandir, bordel.
L'infantilisation est une faiblesse rentable
Alors pourquoi l'infantilisation persiste-t-elle ? Parce que c'est rentable. Une population faible et dépendante est le scénario rêvé des entreprises comme des gouvernements.
Les enfants ne déclenchent pas de révolutions. Ils n'exigent pas de changement. Ils consomment, obéissent et pleurnichent. Une société d'adultes infantilisés est plus facile à gérer qu'une société d'esprits indépendants.
Et voici le plus fort : se comporter comme un enfant se déguise en émancipation. On dit aux gens : « Exprimez-vous ! Soyez authentiques ! Ne grandissez jamais ! » Mais, en réalité, cela veut seulement dire : restez distraits, restez dépendants et restez inoffensifs.
Plus vous êtes infantilisé, moins vous représentez une menace. Vous ne bâtirez jamais d'empire, ne brûlerez jamais les ponts et ne ferez même jamais de vagues. Vous resterez simplement assis dans votre parc à bébé avec vos cartes Pokémon, fier de votre « bien-être », tandis que les vrais adultes — ceux qui sont prêts à prendre des risques — dirigent le monde.
Grandissez, bordel

La solution ? Elle est simple : grandissez. Cessez de chercher des espaces protégés. Cessez d'exiger une validation au moindre désagrément. Cessez de vous accrocher aux attributs de l'adolescence comme s'ils allaient vous protéger de la réalité.
La vie n'est pas censée être sûre, juste ou facile. Elle est censée vous mettre à l'épreuve, vous meurtrir et, parfois, vous briser. C'est ainsi que l'on grandit.
Être adulte, c'est accepter l'inconfort. C'est affronter des vérités déplaisantes. C'est tenir debout tout seul au lieu de retourner à quatre pattes vers les institutions pour qu'elles vous emmaillotent. Grandir ne signifie pas perdre son goût de l'amusement ou sa créativité : cela signifie avoir assez de cran pour les conserver tout en assumant la responsabilité de sa putain de vie.
L'infantilisation des adultes n'est pas seulement gênante : elle est dangereuse. Elle engendre la faiblesse, l'obéissance et la stagnation culturelle. Une société peuplée d'enfants trop grands est une société mûre pour l'exploitation, la manipulation et le déclin. Si vous pensez que le monde va s'améliorer parce que vous vous infantilisez jusqu'à vous perdre complètement, vous vous trompez. Les gens au pouvoir comptent sur vous pour rester dans votre parc à bébé.
Alors posez votre brique de jus de fruits, cessez de pleurer parce que quelque chose vous a heurté et grandissez, bordel. Sinon, quelqu'un d'autre se fera un plaisir de vous traiter comme l'enfant que vous êtes devenu — et croyez-moi, ce ne sera pas par amour.
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